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CUPIDON

 

La rue, un parc, un banc, des gens et soudain, un visage, un regard. Ils sont enfin face à face puis en cet instant le monde bascule. Il prend une forme différente, ils sont surpris par ce brusque changement. Le premier échange est silencieux, un simple geste crée une foule d’émotions. Un sourire, un regard furtif et en un instant l'âme s’ouvre sur une foule d'impression. Celle-ci se répercute à l'infini dans leur cœur mis à si rude épreuve. Ce sentiment neuf s’illumine de mille feux ardents. Cette rencontre s’est figée dans le temps. Deux personnes étrangères ressentent au même moment des images d’une complicité millénaire. La rupture de ce contact est provoquée par des spectateurs involontaires. Ils ne supportent pas cette union inconsciente. Une jalousie pointe, elle bascule dans leur âme pour se transformer en un torrent de furie envers ce couple. Les spectateurs parviennent non sans mal à circonscrire cet amour naissant. La morsure est douloureuse, le plaisir de cet instant nouveau est détruit temporairement. Ils se séparent à regret, mais un regard lancé furtivement est la promesse d’une autre rencontre. L'éloignement traduit au début une délivrance, c'est l’occasion de mieux comprendre le sentiment naissant. Une graine se développe au sein de l'âme, ses tentacules évoluent en centaine de ramifications pour occuper tout l’esprit. L'approche de l'être aimé provoque une accélération du rythme cardiaque, des sueurs froides. Les idées se bloquent, les mots ne peuvent pas décrire cette passion. L'autre ressent la gêne, il a l'impression de se tromper. Chacun cache du mieux qu'il peut ses sentiments contradictoires. Ils ne parviennent pas à comprendre cette obstination à résister à cette perception réciproque. Il est si doux de reconnaître la vérité, de savoir que l'autre sait. Chacun malgré tout campe sur ses positions dans l’espoir qu’un phénomène extérieur les jettera dans les bras l'un de l'autre. Il est si difficile d'admettre qu’un sentiment aussi doux puisse occuper l'esprit. Si jamais l'autre ne ressent pas le même émoi, qu'il s'amuse de cet état ? Il serait dur d'accepter cette défaite. Une montagne de honte s'érigerait, il se serait confié prématurément sans se rendre compte qu’il est peut-être l'objet d'une manipulation. L'amour est normalement le plus fort, il finit par réunir les deux êtres attirés l'un par l'autre. Parfois des nuages viennent assombrir le développement de cette idylle. Des influences extérieures se liguent pour détruire cet amour naissant. Les rencontres suivantes sont difficiles, une dépendance est née. Chaque moment est une drogue douce qui coule en torrent de feu dans les veines. Elle se déverse dans l'âme créant un sentiment de bien-être. Comment lutter contre cette tempête perpétuelle qui de jour en jour provoque l’envie de se retrouver seul avec l’être aimé ? Chacun reconnaît l'émoi de l'autre mais refuse de faire le premier pas. Il est plus fort qu'un amour voué à rester mort né.

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